Généalogie Bringuier-Sanchez
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Les évènements de 1851 dans l'Hérault

Le 2 décembre 1851, le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, élu au suffrage universel, fait un coup d’Etat pour conserver le pouvoir. Des affiches, imprimées dans la nuit du 1er au 2 décembre, reproduisent un " appel au peuple et aux soldats " ainsi que deux décrets : l’un dissout l’Assemblée nationale, abroge la loi du 31 mai et rétablit le suffrage universel, décrète l’état de siège ; l’autre appelle les Français à un plébiscite pour reconnaître l’autorité de Louis Napoléon.

Au petit matin, les députés ont été arrêtés. Des députés monarchistes tentent de résister à la mairie du Xe arrondissement ; les 220 députés présents avec Odilon Barrot et Berryer sont rapidement dispersés ou vont grossir les effectifs de la prison de Mazas ; un Comité de résistance républicain avec Schœlcher, Jules Favre, Victor Hugo s’efforçe de soulever le peuple parisien ; des barricades, élevées les 3 et 4 décembre, sont vite enlevées par la troupe qui tire le 4 décembre sur la foule qui manifestait sa désapprobation mais il n’y eut pas de soulèvement populaire à Paris.

La résistance violente fut surtout le fait des paysans ; elle s’étendit du 3 au 8 décembre au nord du Massif central, dans l’Allier, la Nièvre, dans quelques foyers du Sud-Ouest, à Auch et dans l’Hérault (à Bédarieux et à Béziers) ; mais la principale résistance se manifeste dans le Sud-Est, en Ardèche, dans la Drôme, les Basses-Alpes et le Var. À Digne et à Brignoles, des artisans et des paysans occupèrent les lieux officiels.

Cette opposition fut vite réduite ; 32 départements furent mis en état de siège, 27 000 arrestations opérées. Sur simple décision administrative, 19 464 personnes sont condamnées à des peines diverses, dont 9 820 à la transportation à Cayenne ou en Algérie.

La justice commença à instruire ces affaires mais elle fut dessaisie et, dans chaque département, fut constituée une commission mixte formée du préfet, d'un général ou d' un officier supérieur, d'un magistrat. Les débats étaient brefs ; les accusés n’avaient pas de défenseurs ; les décisions étaient sans appel.

Sur 19 464 personnes condamnées par les commissions mixtes, 9 820 furent « transportées » (239 à Cayenne ; 4 549 en Algérie avec le signe + qui signifiait résidence forcée ; 5 032 en Algérie, signe -, c’est-à-dire en résidence libre. Les autres eurent des peines plus légères : expulsion (980) ; éloignement temporaire (640) ; internement (2 827) ; mise sous surveillance (5 197).

L’arbitraire le plus total avait régné dans cette épuration. On pouvait être condamné sans avoir bougé. L’administration avait tranché, et non la justice régulière. D’un département à l’autre, on n’avait pas décidé selon les mêmes critères. Des grâces, des adoucissements de peines furent ensuite accordés, mais toujours de façon arbitraire.

Qui étaient ces proscrits ? 21 % étaient des paysans ; 66 %, des ouvriers, artisans et commerçants, surtout de petites villes caractérisées par la proximité du monde rural ; 13 %, des intellectuels et membres des professions libérales. Une majorité d’hommes ; quelques femmes, dont Pauline Roland, transportée en Algérie. Arrêtée le 6 février, condamnée à 10 ans de transportation en Algérie, Pauline refuse de signer un recours en grâce qui l'obligerait à se repentir de ses fautes et à promettre de s'amender.

Ci-dessous, des extraits, qui concernent le département de l'Hérault, de "Histoire des crimes du 2 décembre" publié par Victor Schoelcher en 1852.

Chapitre IX

La résistance a été faite principalement par la bourgeoisie
I - Les premiers jacques frappés
Relisez et comparez. Jamais, lors même que l'histoire de France s'écrivait à Coblentz et à Saint-Acheul, on n'offensa plus scandaleusement la vérité. Jamais on n'accumula plus de mensonges, plus de crimes, pour une fin plus maudite. Depuis le 2 décembre, des coupe-jarrets, qui ont pris à bail l'imposture et la diffamation, trempant leurs plumes dans un mélange de boue, de venin et de sang, nous traînent sur la claie ; à les en croire, depuis cinq grands mois on voit défiler dans quarante départements d'affreuses processions de bandits qui s'en vont le sac du butin au dos, la faux sur l'épaule, le torche à la main, le blasphème à la bouche, pillant les châteaux, dévastant les fermes, saccageant les villes, égorgeant les hommes, violant les femmes, brûlant les enfants, assassinant une foule de sous-préfets qui se portent fort bien aujourd'hui pour déposer contre leurs prétendus meurtriers. Ces abominations, ils les ont répétées partout, répandues à des millions d'exemplaires aux frais du trésor public ; et en même temps ils ont fermé la bouche à la défense, baîllonné ou suspendu tous les journaux de l'honneur et de la vérité. Si bien qu'à la voix de ces indignes ennemis, les sombres ailes de la peur ont couvert la France comme d'un nuage livide ; la province a cru les faubourgs de Paris regorgeant de sectaires de théories monstrueuses, Paris a cru la province fourmillant de cannibales ; le monde a cru les trois quarts de la population de nos villes et de nos campagnes composés de scélérats. Il y a encore en France et en Europe nombres d'hommes, de bonne foi d'ailleurs, à qui vous persuaderiez difficilement que l'armée des faux serments n'a pas préservé notre patrie "des horreurs de la jacquerie !"
Mais les tables de proscription sont là ; qu'on les ouvre, qu'on les compulse, et l'on verra que tous ces brigands aujourd'hui emprisonnés, internés, bannis, déportés, errant sur la terre d'exil, souffrant au fond des colonies pénitentiaires, appartiennent en grande partie aux classes éclairées et conservatrices. Les partageux sont des propriétaires, les jacques des médecins, les bandits des notaires, les pillards des hommes de lettres, et les égorgeurs des magistrats. Nous parlons ainsi pour ceux qui voient une garantie de moralité dans le fait "d'avoir quelque chose sous les pieds". Quant à nous qui connaissons les prolétaires, qui les avons vu de près, nous ne les croyons pas moins conservateurs que les riches, et s'il nous fallait absolument chercher dans les différentes couches de la société française la plus honnête et la plus désintéressée, nous désignerions celle qui est appelée plus particulièrement le peuple.
Les listes des victimes du 2 décembre sont immenses ; ce sera encore un travail long et aride que d'en détacher quelques pages ; mais qu'importe la fatigue, si l'on parvient à la vérité et la lumière ?
Commençons.
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II - Les condamnés des commissions mixtes
Les conseils de guerre, les commissions militaires simples, ordinaires, extraordinaires, mixtes, départementales, générales, qui ont successivement disposé de la liberté et de la vie des meilleurs citoyens, n'ont pas épargné davantage ceux qui en raison de leur rôle dans la société, ont toujours été considérés comme les colonnes de l'ordre.
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Hérault, 22 mars - Par décisions de la commission du département de l'Hérault, devenues définitives, ont été condamnés (partout ils appellent ça condamner !) :
A l'expulsion : MM. Coulondre, de Montpellier, négociant ; Raymond, de Montpellier, banquier ; Favre, de Montpellier, clerc de notaire ; Anterrieu, de Montpellier, avocat ; Bourely, de Montpellier, avocat ; Rouch, de Montpellier, avocat ; Guiter, de Montpellier, avocat, ancien préfet ; Sevandy, de Montpellier, étudiant ; Lussignol, de Béziers, rentier ; Korvaleski, de Lodève, médecin ; Boissieux, de Lodève, notaire.
A l'éloignement momentané : MM. Naquet, de Montpellier, négociant ; Rédier, de Montpellier, négociant ; Bouvialla, de Montpellier, commis-négociant.
A l'internement : MM. Villaret, de Montpellier, cordonnier ; Gontier, de Montpellier, commis négociant ; Mercier, de Cette, propriétaire et membre du conseil général ; Caise, de Montpellier, étudiant ; Cauvy, de Montpellier, étudiant ; Pons, de Montpellier, teneur de livres ; Lisbonne, de Montpellier, avocat ; Crouzat, de Montpellier, huissier.
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IV - Transportés
Mais nous n'avons parlé encore que des emprisonnés, des internés, des exilés ; de ceux qui ont souffert seulement dans leur liberté, dans leurs affections patriotiques ou de famille, dans leur fortune ou leusr affaires. Que dire de ceux auxquels ont a imposé un tourment plus cruel encore, la transportation, la guillotine sèche, comme l'a si bien nommée notre ami le citoyen Pierre Leroux ? On ne saurait croire ce que Lambessa et Cayenne ont déja enlevé à la France d'hommes éminents dans les sciences, les lettres, les arts, le barreau, l'industrie.
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Le Languedocien cite, parmi les condamnés de Bédarieux destinés à Lambessa, M. Molinier, juge de paix et membre du conseil général

A la suite des arrestations opérées en décembre, 3 023 héraultais sont en prison. Les instructions du Ministre de l'Intérieur recommandant de faire preuve de mansuétude à l'égard des insurgés, le Préfet de l'Hérault fait libérer 360 personnes.

Les 2 663 internés restant passent devant des commissions entre février et avril 1852. Les sentences sont diverses : passage devant le conseil de guerre, condamnations à la transportation en Guyane, expultion ou éloignement momentané de France, passage en correctionnelle, assignation à résidence.  1 574 personnes sont condamnées à la transportation en Algérie.

Une liste nominative des transportés de France en Algérie est disponible sur le site de l'AGM (Amicale Généalogie Méditerranée). Cliquez ici pour y accéder.

Les transportés étaient divisés en trois catégories :
- ceux qui étaient internés dans les forts et les camps;
- ceux qui étaient admis dans les villages;
- enfin ceux qui étaient autorisés à se livrer à des exploitations particulières ou astreints seulement à résider sur certains points déterminés.
Les condamnés pouvaient passer d'une catégorie dans l'autre lorsque leur conduite donnait satisfaction.
- dans la seconde catégorie, ils travaillaient par escouades de vingt à des défrichements, des dessèchements, des cultures, des constructions;
- dans la troisième catégorie, ils se livraient au travail individuellement et pouvaient même obtenir des concessions, mais ne recevaient plus d'allocations de vivres.
Un pénitencier agricole, fondé en vertu d'une loi du 24 janvier 1850, avait été établi à Lambèse mais la grande majorité des transportés fut envoyée dans les camps d'Ain-Sultan, de Birkadem, de Bourkika, de Douéra, d'Oued-Boutan, de Bel-Abbès, de Sidi-Brahim.


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